Accueil Pronom iel et pronoms non-binaires : accords et bons usages

Pronom iel et pronoms non-binaires : accords et bons usages

Les mots qu'on emploie pour parler de toi quand ce n'est pas toi qui parles. Comment ils fonctionnent en français, comment demander, et ce qui existe au-delà des pronoms il et elle.


Ce que sont les pronoms

Les pronoms sont les petits mots qui remplacent un prénom une fois que tout le monde sait de qui on parle : il, elle, lui, iel. Ceux qui portent le genre sont surtout ceux de la troisième personne, autrement dit surtout des mots que les autres emploient à ton sujet.

En français, le genre ne s'arrête pas au pronom. Il se marque aussi sur les articles, les adjectifs et les participes passés, si bien qu'un pronom neutre ne suffit pas à rendre une phrase neutre : « iel est content·e » demande encore de décider comment accorder l'adjectif. Le glossaire détaille la notion de jeu de pronoms.

Les pronoms disent comment parler de quelqu'un. Ils ne disent ni son genre, ni son histoire, ni son corps. Une personne qui utilise il peut être un homme trans, une personne non-binaire ou un homme cis, et le pronom ne dit pas laquelle. Il n'a pas à le dire.

Jeux de pronoms

Pronoms he/himHe, him, his, himself. Le jeu le plus familier en anglais, qui dit comment parler de quelqu'un, pas qui est cette personne.Pronoms she/herShe, her, hers, herself. Des formes familières, avec une particularité : her fait deux choses.Pronoms they/themThey, them, their, theirs, themself. Une seule personne, des verbes au pluriel : they are, they were.Pronoms she/theyLes deux jeux sont justes. La part de chacun dépend de la personne, et tu as le droit de demander.Pronoms he/theyHe et they sont justes tous les deux. Le dosage revient à la personne, et une seule question règle tout.Pronoms xe/xemXe, xem, xyr, xyrs, xemself. La même structure que he/him, des verbes au singulier, des sons nouveaux.Pronoms ze/zirZe, zir, zir, zirs, zirself. Pas le même jeu que ze/hir : écoute bien le deuxième mot.Pronoms ze/hirZe, hir, hir, hirs, hirself. Hir se dit comme l'anglais here, ce qui le distingue de her.Pronoms fae/faerFae, faer, faer, faers, faerself. Dits comme les mots anglais fay et fair, avec des verbes au singulier.Pronoms e/em (Spivak)E, em, eir, eirs, emself. À une lettre de ey/em, et souvent confondu avec lui.Pronoms it/itsPour quelqu'un qui l'a choisi, it est respectueux. Pour toute autre personne, il est déshumanisant. Les deux sont vrais.Any pronouns (tous pronoms)Plus d'un jeu convient. C'est une invitation, pas une raison de cesser d'y faire attention.No pronouns (sans pronom)Mets le prénom là où irait un pronom. Le reste, c'est de la reformulation, et ça devient vite facile.

Pourquoi on partage ses pronoms

On ne peut pas deviner les pronoms de quelqu'un à son apparence, et c'est toute la raison d'être de cette habitude. Dire les tiens en te présentant évite à tout le monde de deviner, et quand tout le monde le fait, personne n'est mis à part pour l'avoir fait.

Partager doit rester une invitation. Une personne en questionnement, qui n'a pas fait son coming out au travail ou qui n'en a simplement pas envie peut passer son tour, et un bon tour de table lui en laisse la place. Les centres LGBTQ d'universités qui rédigent des conseils pour cette situation précise disent la même chose : inviter, jamais obliger.

Et on dit pronoms, pas pronoms préférés. Le guide de référence de GLAAD souligne que le qualificatif donnait l'impression que les personnes cis avaient des pronoms, et les personnes trans des préférences.

Comment demander

Donne les tiens, puis demande : « Moi c'est Camille, j'utilise iel. Et toi ? » Si les présentations sont déjà faites : « Tu utilises quels pronoms ? » C'est tout le script. C'est gênant une seconde, alors qu'une supposition fausse reste gênante bien plus longtemps.

Demande une fois, puis retiens. Si tu as oublié, « Tu peux me redire tes pronoms ? » passe très bien, et vaut bien mieux que d'éviter tout pronom pour le reste de la soirée.

Si tu ne peux pas encore demander, emploie le prénom de la personne, ou des mots épicènes comme « personne ». Ne pars pas du principe qu'iel convient à tout le monde : beaucoup de personnes non-binaires utilisent le masculin ou le féminin pour elles-mêmes. Et n'alterne pas masculin et féminin pour une personne non-binaire sans son accord explicite : Florence Ashley le déconseille dans sa synthèse de 2019.

Quand tu te trompes

Ça t'arrivera, à un moment ou à un autre. Corrige le mot et continue : « elle, pardon », puis la suite de la phrase. Une longue excuse transforme ton faux pas en travail pour l'autre personne. L'entrée du glossaire sur le mégenrage explique pourquoi, et si c'est toi qu'on mégenre, cette réponse propose des mots pour le moment.

Iel et les autres pronoms neutres en français

Iel (au pluriel iels) est de loin le pronom neutre le plus employé, et on le présente généralement comme la forme qui fait consensus. Le mot mêle il et elle, et s'écrit aussi yel ou ielle. D'autres néopronoms existent, comme ille, ul, ol, al, ael ou æl, mais ils sont beaucoup plus rares.

Autour de ces pronoms circulent d'autres formes neutres : toustes pour tous et toutes, cellui pour celui et celle, celleux pour ceux et celles, lae pour le et la, et man ou maon pour mon et ma.

Beaucoup de personnes non-binaires n'utilisent aucune de ces formes et emploient simplement le masculin ou le féminin. Florence Ashley le rappelle : rien n'oblige une personne non-binaire à utiliser des formes neutres, et plusieurs préfèrent le masculin ou le féminin. Le choix est personnel.

Accorder : point médian, mots épicènes, terminaisons fusionnées

Une fois le pronom choisi, il reste les accords. À l'écrit, le point médian (content·e, ami·e·s) est l'option la plus visible, à côté des points, des tirets et des parenthèses. Florence Ashley note qu'il n'existe pas de convention satisfaisante pour les lire à voix haute.

À l'oral, les mots épicènes, qui ne changent pas selon le genre, sont la voie la plus simple : personne, élève. Ashley range « personne » parmi les stratégies les plus utiles. Des terminaisons fusionnées comme heureuxe circulent aussi.

Avec iel, l'accord reste donc le choix de la personne : iel est content·e, iel est content ou iel est contente. Le plus simple est de demander, puis de faire comme on te l'a dit.

Ce qu'en disent les dictionnaires et les institutions

Le Robert a ajouté iel à son dictionnaire en ligne en octobre 2021, avec cette définition : « pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne, quel que soit son genre ». D'après Wikipédia en français, le mot y est signalé comme rare. Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l'Éducation nationale, a critiqué cette décision, en soutenant la protestation du député François Jolivet.

Dans une déclaration sur l'écriture dite inclusive, adoptée à l'unanimité le 26 octobre 2017, l'Académie française estimait que devant cette « aberration inclusive », la langue française se trouvait « en péril mortel ». Dans une lettre ouverte du 7 mai 2021, elle jugeait l'écriture inclusive « nuisible à la pratique et à l'intelligibilité de la langue française ».

Une circulaire ministérielle de mai 2021 interdit le point médian à l'école, et le Conseil d'État a jugé cette interdiction légale le 20 décembre 2024. Le 30 octobre 2023, le Sénat a adopté par 221 voix contre 82 une proposition de loi de Pascale Gruny contre l'écriture inclusive, qui vise aussi des néologismes comme iel et le point médian. Le texte est ensuite parti à l'Assemblée nationale, et nous n'avons trouvé aucun élément montrant qu'il soit devenu loi.

Au Québec, l'Office québécois de la langue française cite iel et frœur comme des néologismes employés dans les communautés de la diversité de genre, écrit : « L'Office ne conseille pas le recours à ces pratiques. » Il recommande plutôt la rédaction épicène et les formulations neutres. Wikipédia en français indique aussi que le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral canadien recommande iel pour traduire le they singulier ; nous ne l'avons pas vérifié à la source.

Les jeux anglais que tu croiseras en ligne

En ligne, tu croiseras aussi des pronoms anglais. Chacun de ces jeux a sa page, avec ses formes, des phrases d'exemple en anglais et les questions qu'on se pose.

He/him : he, him, his, his, himself.

She/her : she, her, her, hers, herself.

They/them : they, them, their, theirs, themself ou themselves, avec des verbes au pluriel.

She/they et he/they : deux jeux, tous deux justes pour la personne.

Xe/xem : xe, xem, xyr, xyrs, xemself.

Ze/zir : ze, zir, zir, zirs, zirself.

Ze/hir : ze, hir, hir, hirs, hirself.

Fae/faer : fae, faer, faer, faers, faerself.

E/em (Spivak) : e, em, eir, eirs, emself.

It/its : it, it, its, its, itself, et seulement pour les personnes qui le demandent.

Any pronouns : plus d'un jeu convient à la personne.

No pronouns : on emploie le prénom à la place.

Au-delà de ceux-ci, bien d'autres néopronoms et xénopronoms circulent de façon plus confidentielle, ainsi que les pronoms miroir, où l'on emploie pour quelqu'un les pronoms qu'on utilise pour soi.

La fréquence des jeux anglais

La source régulière la plus détaillée que nous connaissions est le Gender Census, une enquête ouverte à toute personne dont le genre n'entre pas nettement dans la binarité. En 2025, 43 096 personnes y ont participé. They/them a été choisi par 75,0 %, he/him par 40,6 %, she/her par 34,1 % et it/its par 22,8 %, et 14,4 % ont choisi d'éviter les pronoms et d'utiliser leur prénom. Parmi les néopronoms de la liste, xe/xem a été choisi par 8,8 %, fae/faer par 6,2 % et ze/zir par 5,7 %. On pouvait en choisir plusieurs.

Lis ces chiffres comme la photo d'un public précis. La personne qui mène l'enquête le dit clairement : on la découvre par les réseaux sociaux, et les personnes qui y répondent sont en très grande majorité jeunes et basées aux États-Unis. Elle montre que ces jeux sont réellement employés. Elle ne dit pas à quel point ils sont courants là où tu vis.

S'entraîner à voix haute

Connaître un pronom et le dire dans une phrase sont deux choses différentes. La page d'entraînement remplit des phrases du quotidien avec un prénom et un pronom, iel compris, accords inclus, pour que tu puisses les lire à voix haute jusqu'à ce que les nouveaux mots ne bloquent plus.

Les questions qu'on se pose

Que veut dire le pronom iel ?

C'est un pronom neutre qui mêle il et elle, et de loin le pronom neutre le plus employé en français. Le Robert le définit comme un pronom « employé pour évoquer une personne, quel que soit son genre ». Au pluriel, on écrit iels.

Comment accorder avec iel ?

Le pronom ne règle pas l'accord. Selon la personne, on écrit iel est content·e avec le point médian, iel est content ou iel est contente. À l'oral, les mots épicènes comme « personne » évitent la question. Le plus simple reste de demander.

Iel est-il dans le dictionnaire ?

Oui, dans le dictionnaire en ligne du Robert depuis octobre 2021. D'après Wikipédia en français, il y est signalé comme rare.

Comment demander les pronoms de quelqu'un ?

Donne les tiens, puis demande : « J'utilise elle, et toi ? » Si tu oublies plus tard, redemande plutôt que de deviner.

L'écriture inclusive est-elle interdite ?

Une circulaire de mai 2021 interdit le point médian à l'école, et le Conseil d'État a jugé cette interdiction légale le 20 décembre 2024. Une proposition de loi contre l'écriture inclusive, adoptée par le Sénat le 30 octobre 2023, est ensuite partie à l'Assemblée nationale, et nous n'avons trouvé aucun élément montrant qu'elle soit devenue loi.

Toutes les personnes non-binaires utilisent-elles iel ?

Non. Beaucoup emploient le masculin ou le féminin, et d'autres un néopronom plus rare ou des formulations épicènes. Le choix est personnel : demande, et n'alterne pas masculin et féminin sans accord explicite.

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