Trois ami·es partagent un même parapluie et rient ensemble dans une rue un soir de pluie
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Bisexuel, pansexuel, omnisexuel, polysexuel : les différences

Quatre mots pour une attirance envers plus d'un genre. Ils se recouvrent bien plus que ne le laissent croire les disputes, et les différences qui restent valent d'être connues.

Wren

Bisexuel désigne une attirance envers plus d'un genre. Pansexuel, une attirance où le genre n'est pas ce qui décide. Omnisexuel, une attirance envers tous les genres, où le genre reste perçu et fait partie de l'attirance. Polysexuel, une attirance envers de nombreux genres, mais pas tous. Les quatre mots se rangent sous le même parapluie et se recouvrent bien plus que ne le laissent croire les disputes en ligne, et les différences qui restent sont minces.

Les quatre mots côte à côte

Chaque mot a sa fiche dans le glossaire, avec la définition complète. Les voici côte à côte.

  • Bisexuel : attirance envers plus d'un genre. Il dit jusqu'où va l'attirance, au moins deux genres et peut-être tous, et ne dit rien du rôle que joue le genre.
  • Pansexuel : attirance envers des personnes de n'importe quel genre, où le genre n'est pas ce qui décide. Il couvre tout l'éventail et répond aussi à la seconde question : le genre n'est pas le filtre.
  • Omnisexuel : attirance envers tous les genres, où le genre reste visible et peut influer sur la façon dont l'attirance est ressentie. Même éventail que pansexuel, réponse inverse sur le genre.
  • Polysexuel : attirance envers de nombreux genres, mais délibérément pas tous. C'est le seul des quatre qui dit que l'éventail a une limite.

Lus ainsi, ces mots ne sont pas quatre marches sur une échelle d'ouverture. Ils répondent à deux questions différentes. La première : jusqu'où va l'attirance ? Vers plus d'un genre, vers beaucoup, ou vers tous. La seconde : quel rôle le genre y joue-t-il ? Il décide, il colore, ou ni l'un ni l'autre. Bisexuel ne répond qu'à la première question, et c'est pour ça qu'il peut contenir les trois autres, et que le Bisexual Resource Center, une organisation bi, range pansexuel, omnisexuel et polysexuel sous son parapluie bi+. Il note aussi qu'une personne attirée par tous les genres, ou indépendamment du genre, peut tout aussi bien se dire bisexuelle.

Les mêmes paires existent pour l'attirance romantique, pour les personnes dont l'orientation romantique et l'orientation sexuelle ne coïncident pas : panromantique et biromantique suivent la même ligne que pansexuel et bisexuel.

D'où viennent ces mots

Les plus anciens usages attestés de ces mots portaient sur des corps, des théories ou d'autres personnes, pas sur la personne qui parlait. Ils ont été repris plus tard par les gens qu'ils décrivent aujourd'hui.

Bisexuel : d'abord un mot sur les corps

L'Online Etymology Dictionary date le mot anglais bisexual de 1824, quand il voulait dire posséder les organes des deux sexes dans un même être, un sens employé en biologie et en botanique. Le sens d'attirance envers les deux sexes apparaît dans une traduction anglaise de Richard von Krafft-Ebing publiée en 1892, et l'adjectif dans ce sens à partir de 1914. Selon le même dictionnaire, le mot n'est entré dans l'usage courant que dans les années 1950.

Le bi de bisexuel a donc d'abord été, dans la science du XIXe siècle, le décompte des sexes réunis dans un seul corps. Les personnes qui se sont approprié le mot lui ont donné un autre rôle. Une définition citée notamment par le Trevor Project vient de Robyn Ochs, figure du militantisme bi qui écrit aussi sur le sujet, et qui décrit la bisexualité comme la possibilité de ressentir une attirance, romantique et/ou sexuelle, pour « des personnes de plus d'un sexe et/ou genre, pas forcément en même temps, pas forcément de la même manière, et pas forcément au même degré ».

Pansexuel : d'abord une accusation contre Freud

En anglais, pansexualism est attesté à partir de 1917 et pansexual à partir de 1926. Au départ, ces mots n'avaient rien à voir avec l'orientation : ils désignaient l'idée que la pulsion sexuelle se trouve derrière toute activité humaine. Les critiques de Freud disaient que c'était sa théorie, et l'Online Etymology Dictionary note que le mot est devenu un terme de reproche visant la psychologie à ses débuts. Le sens de ne pas être limité dans ses choix sexuels est attesté dès 1972.

La dispute qui suit encore le mot est presque aussi ancienne. Le Wiktionary cite un texte paru au début des années 1970 dans le magazine Ramparts, où la personne qui écrit qualifie des proches de pansexuels, « en évitant l'ancien terme bisexuel, qui n'a aucun sens quand on peut compter plus de deux sexes ». Le procès fait à bi en tant que décompte de deux s'écrivait donc noir sur blanc il y a plus de cinquante ans, bien avant les réseaux sociaux.

Omnisexuel : plus ancien qu'il n'en a l'air

L'Online Etymology Dictionary relève omnisexual dès 1959, d'abord appliqué au poète Walt Whitman, et le définit simplement comme pansexuel : deux préfixes qui veulent tous deux dire tout, et un seul sens.

La distinction entre les deux est venue des gens qui emploient ces mots. Le Wiktionary indique qu'on distingue parfois omnisexuel de pansexuel en disant que l'attirance omnisexuelle peut encore tenir compte du genre, ou préférer certains genres. C'est ce sens communautaire, attentif au genre plutôt qu'aveugle au genre, que retient notre glossaire. Ce n'est pas celui que donne l'Online Etymology Dictionary, alors ne t'étonne pas si quelqu'un cherche le mot et le trouve défini comme pansexuel.

Polysexuel : un mot qui a eu d'autres vies

Polysexual n'a pas d'entrée dans l'Online Etymology Dictionary, et le Wiktionary montre pourquoi il est difficile à cerner. Dans certains écrits de psychanalyse et de sexologie, il désignait l'idée que tout le monde commence sa vie avec une sexualité ouverte. Dans des livres sur le polyamour et l'échangisme des années 2000 et 2010, il voulait dire avoir plusieurs partenaires sexuels. Le sens de nombreux genres mais pas tous est le sens LGBTQ, et il existe à côté des autres plutôt qu'à leur place.

Cette histoire aide à comprendre pourquoi la confusion avec le polyamour persiste. Ce n'est pas seulement une erreur de gens qui connaissent le mot à moitié : sous certaines plumes, c'était vraiment ce qu'il voulait dire.

Chaque mot a désormais son propre drapeau, et les pages des drapeaux pansexuel, omnisexuel et polysexuel expliquent leurs couleurs et leur origine.

Bisexuel exclut-il les personnes non-binaires ?

C'est la question qui se cache derrière une bonne partie de la dispute entre bisexuel et pansexuel, et la réponse courte est non. Le Bisexual Resource Center définit bisexuel comme une attirance envers plus d'un genre, physique, romantique et/ou émotionnelle. La définition d'Ochs parle de plus d'un sexe et/ou genre. Ni l'une ni l'autre n'est un décompte de deux.

L'accusation selon laquelle bisexuel serait binaire, voire transphobe, a reçu des réponses détaillées venues des communautés trans elles-mêmes. En 2010, l'autrice Julia Serano, une femme trans qui se définit comme bisexuelle, a publié un essai soutenant que la bisexualité ne renforce pas la binarité de genre. Dans un texte de suivi publié en 2012, elle écrivait que les critiques les plus dures étaient venues de certaines franges des communautés trans et de la diversité de genre, et exposait sa réponse.

  • L'accusation est sélective. La plupart des hommes gays et des lesbiennes se décrivent comme attirés par le même sexe et pas par le sexe opposé, ce qui est tout aussi binaire, et pourtant l'accusation les vise rarement.
  • Bi a plus d'un sens. Serano faisait remarquer que le préfixe peut vouloir dire deux, mais aussi deux fois, et que personne, en se disant bicoastal, c'est-à-dire des deux côtes, ne nie l'existence des terres qui les séparent.
  • Les mots familiers font leur travail. Bisexuel est compris presque partout, et la lutte contre l'effacement bi s'est construite sur ce mot. L'abandonner pour un mot dont la plupart des gens n'ont jamais entendu parler, soutenait-elle, rendrait le coming out plus difficile, pas plus facile.

Elle écrivait aussi qu'elle respectait le droit de chaque personne à choisir plutôt pansexuel, omnisexuel, polysexuel ou multisexuel, et disait employer elle-même à la fois bisexuel et queer. Son propos n'était pas qu'un mot soit le bon. C'était que les personnes bisexuelles ne devraient pas avoir à défendre leur mot contre une accusation rarement portée contre qui que ce soit d'autre. La fiche du glossaire sur bisexuel retrace l'histoire plus longue des personnes non-binaires dans le militantisme bi.

Ce que dit la recherche sur qui emploie quel mot

La recherche sur ces étiquettes est limitée, mais trois résultats méritent d'être connus.

D'abord, l'attirance derrière les mots semble similaire. Dans une enquête en ligne menée auprès de 2 220 personnes volontaires non hétérosexuelles, publiée en 2017 par une équipe de l'Université de Sydney, la plupart des personnes qui se disaient pansexuelles avaient des scores d'attirance situés dans la fourchette bisexuelle. Elles rapportaient les mêmes schémas d'attirance sexuelle et romantique, de comportement et de genre des partenaires que les personnes qui se disaient bisexuelles. Les personnes qui choisissaient pansexuel étaient plus jeunes, et les personnes participantes qui n'étaient pas cisgenres avaient plus tendance à le choisir. C'était un échantillon de volontaires, pas un échantillon représentatif, alors prends-le comme un indice solide plutôt que comme un recensement.

Ensuite, les gens passent d'un mot à l'autre. Dans une étude portant sur 60 personnes bisexuelles et pansexuelles âgées de 18 à 30 ans, publiée dans le Journal of Bisexuality, les deux groupes définissaient la bisexualité de façon semblable, et les personnes interrogées changeaient de définition selon le contexte social où elles se trouvaient.

Enfin, les personnes trans ne choisissent pas comme le reste de la population. Dans les sondages Gallup menés auprès des adultes aux États-Unis, bisexuel est de loin l'identité LGBTQ+ la plus courante, et pansexuel ne figure même pas parmi les réponses proposées : il n'apparaît que quand des gens le donnent d'eux-mêmes. Dans la US Transgender Survey de 2015, à laquelle 27 715 personnes ont répondu, 18 % ont choisi pansexuel et 14 % bisexuel, queer étant la réponse la plus fréquente avec 21 %. Ces deux enquêtes ont posé des questions différentes à des publics différents, et l'enquête trans n'était pas un échantillon aléatoire, donc les chiffres ne se comparent pas directement. L'écart reste difficile à ignorer.

Pourquoi ces mots conviennent aux personnes trans et non-binaires

Gay, lesbienne et hétéro décrivent les genres qui t'attirent par rapport au tien. Si ton propre genre est en train de changer, pas encore fixé ou hors de la binarité, ces mots peuvent cesser de te correspondre, ou ne t'avoir jamais correspondu. Bisexuel, pansexuel, omnisexuel et polysexuel décrivent les personnes qui t'attirent sans te demander de te définir d'abord.

Une revue de 2024 portant sur 14 études qualitatives consacrées à la façon dont les personnes trans comprennent leur orientation sexuelle, publiée dans l'International Journal of Transgender Health, va dans le même sens. Les personnes encore en exploration, qui ne savaient pas bien par qui elles étaient attirées, avaient tendance à choisir des étiquettes qui ne les obligeaient à définir ni elles-mêmes ni leurs partenaires, comme queer ou pan. Les personnes trans ayant un sens plus binaire de leur genre trouvaient les catégories traditionnelles, bi compris, plus faciles à employer. La revue note aussi que les changements d'étiquette suivent en général une nouvelle compréhension de soi, qui porte parfois d'abord sur le genre et parfois d'abord sur l'orientation. Changer de mot ne prouve pas que tu avais tort avant.

Il y a une chose qu'aucun des quatre mots ne fait : répartir les gens entre trans et cis. Être trans n'est pas un genre à part dans la liste : une femme trans y figure en tant que femme, un homme trans en tant qu'homme, et une personne non-binaire au titre de son genre, quel qu'il soit. Polysexuel n'est donc pas une façon polie de dire « les personnes trans ne m'attirent pas », et pansexuel n'est pas une promesse de sortir avec elles. Ces mots disent quels genres, pas quels corps ni quelles histoires.

Comment choisir, et ce que dit un profil

Si tu cherches à te décider, il peut être utile de te poser les deux questions du début de ce guide. Mon attirance va-t-elle vers tous les genres, ou vers beaucoup d'entre eux ? Et quand quelqu'un m'attire, son genre compte-t-il, colore-t-il cette attirance, ou n'entre-t-il pas en jeu ? Si la réponse honnête est « ça dépend », ou « je ne sais pas encore », bisexuel te couvre déjà, et queer aussi.

  • Bisexuel est compris presque partout, y compris en dehors des espaces LGBTQ+, et il couvre tout ce que couvrent les trois autres.
  • Pansexuel dit quelque chose de précis sur le genre, et c'est le mot vers lequel se tournent beaucoup de personnes trans et non-binaires, comme le montrent les enquêtes ci-dessus. Certaines personnes supposeront quand même qu'il signifie une attirance pour tout le monde, ce qui n'est pas le cas.
  • Omnisexuel dit la chose la plus précise, et c'est le moins connu. Attends-toi à devoir l'expliquer, et à ce que certaines personnes aient lu la définition du dictionnaire qui en fait un synonyme de pansexuel.
  • Polysexuel est souvent pris pour polyamoureux, surtout quand on l'abrège en poly. Écris-le en entier, et ajoute quelques mots sur ce que tu entends par là si ça compte pour toi.

Employer plus d'un mot est courant, et honnête. Le Trevor Project note que certaines personnes emploient bisexuel et pansexuel de façon interchangeable, tandis que d'autres s'en tiennent à un seul. Certaines disent bi à leur famille, pan à leurs amis et omni sur un forum, et la recherche citée plus haut laisse penser qu'elles ne sont pas incohérentes : elles choisissent simplement le mot que les personnes présentes comprendront. Sur un profil de rencontre, bi/pan fait l'affaire pour la plupart des gens qui le lisent.

Quand tu lis le profil de quelqu'un d'autre, prends le mot comme une direction plutôt que comme un contrat. Il te dit à peu près à qui la personne est ouverte, et rien de son type, de son histoire ni de ce qu'elle attend de toi. Si c'est important, pose la question comme tu la poserais sur n'importe quel autre sujet, une seule fois et sans en faire un test. La même logique vaut pour les mots qui désignent les femmes qui aiment les femmes, et WLW, sapphique et transbienne les compare côte à côte.

Les mots qui restent

Deux autres mots reviennent dans les mêmes conversations. Multisexuel est le parapluie qui les englobe tous, employé surtout pour parler du groupe entier plutôt que de soi. Queer est plus large encore : il couvre toute personne qui n'est pas hétéro ou pas cis, et beaucoup de personnes bi+ l'emploient en plus de l'un des quatre, ou à sa place.

Aucun de ces mots n'est un examen qu'on réussit en trouvant la bonne réponse. Chacun existe parce que quelqu'un avait besoin de dire quelque chose que les autres ne disaient pas. Tu peux en choisir un, deux ou aucun, et tu peux changer d'avis.

Wren · Rédaction

Wren est le nom sous lequel paraît le blog de T4TSpace. Les articles sont écrits par la petite équipe qui construit l’application, et signés d’un seul nom pour que la voix reste la même d’un texte à l’autre.

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