Les rencontres non-binaires, ça peut vouloir dire faire des rencontres quand on est non-binaire, ou sortir avec une personne qui l'est. Ce guide parle surtout du premier cas : comment te décrire et dire qui te plaît, comment gérer les pronoms en rendez-vous, comment repérer la fétichisation, et où rencontrer des gens qui ne traiteront pas ton genre comme une énigme. C'est souvent plus difficile que ça ne devrait l'être, mais la recherche sur les adultes trans et non-binaires trouve aussi beaucoup de relations qui vont bien, et quelques habitudes changent vraiment les choses.
Ce que les personnes non-binaires racontent des rencontres
Les recherches consacrées aux seules personnes non-binaires qui font des rencontres sont rares ; la plupart des études regroupent personnes trans et non-binaires. L'image qu'elles donnent est cohérente, cela dit.
- Trouver un ou une partenaire est plus difficile. Dans une enquête menée auprès de 316 adultes trans et non-binaires, publiée en 2024, dont les trois quarts étaient non-binaires et la plupart vivaient en Europe ou en Amérique du Nord, 69 % disaient que leur identité ou leur expression de genre leur avait, à un moment donné, rendu plus difficile de trouver un ou une partenaire, et environ un quart le disaient pour l'année écoulée. L'étude n'a trouvé aucune différence selon le genre.
- La plupart des gens cherchent l'amour. Parmi les personnes participantes qui avaient utilisé des applis de rencontre dans l'année écoulée, trouver une relation amoureuse était la raison la plus forte, et le sexe sans lendemain la plus faible.
- Les relations sont souvent bonnes. Près de trois personnes sur quatre parmi celles qui avaient un ou une partenaire étaient satisfaites de leur relation, sans différence entre hommes, femmes et personnes non-binaires.
- La fétichisation est courante. Dans la même enquête, 63 % disaient avoir déjà eu l'impression de subir une fétichisation ; les femmes trans le signalaient davantage que les hommes trans ou les personnes non-binaires participantes.
- S'entendre dire que ton identité n'est pas réelle. Dans une enquête de 2025 menée auprès de 624 personnes LGBTQ+ utilisant des applis de rencontre au Canada, les personnes trans et non-binaires participantes ont raconté avoir été insultées et s'être entendu dire que leur identité n'était pas réelle, et certaines ont dit que des gens s'étaient montrés aimables en ligne avant de les harceler en personne.
Les applis comptent quand même. Dans des entretiens avec 15 personnes trans et non-binaires qui les utilisent, publiés en 2024, l'équipe de recherche a constaté que les applis de rencontre étaient un moyen important de se relier à la communauté queer et de trouver des amitiés autant que des partenaires pour l'amour et le sexe, à côté de craintes bien réelles pour leur sécurité et d'expériences de fétichisation.
Comment te décrire sur un profil
Il n'y a pas de bon mot, et beaucoup de gens en utilisent plusieurs. Le Gender Census, une enquête annuelle en ligne auprès des personnes dont le genre ne rentre pas dans le binaire, a réuni 48 645 personnes en 2024. Les mots qu'elles choisissaient le plus souvent pour elles-mêmes étaient non-binaire (60,4 %), queer (53,6 %), trans (44,7 %) et « une personne, ou juste moi » (39,1 %). Non-binaire est le terme parapluie, enby sa version orale plus chaleureuse, et des mots plus précis comme agenre ou genderfluid sont là s'ils en disent plus sur toi.
Dans cette enquête, moins de gens ont choisi trans que non-binaire. Savoir si le mot t'inclut, c'est à toi d'en décider, et est-ce que les personnes non-binaires sont trans ? explique pourquoi les gens répondent différemment. Ça vaut la peine de trancher pour toi-même, parce que ça détermine quels espaces de rencontre te sembleront être les tiens.
Quelques choix évitent souvent d'avoir à expliquer plus tard :
- Si tu veux qu'ils soient vus, mets ton genre et tes pronoms là où les gens regardent en premier : les champs que te donne l'appli, ou la première ligne de ta bio.
- Ajoute une ligne sur ce qu'être non-binaire veut dire pour toi, si tu en as envie, pour que l'étiquette ne fasse pas tout le travail. Tu ne la dois à personne.
- Dis ce que tu cherches, et qui. Si tu préfères ne pas sortir avec des gens à qui il faut tout expliquer de zéro sur la non-binarité, tu as le droit de le dire.
- Laisse de côté tout ce que tu ne dirais pas à quelqu'un que tu ne connais pas. Un profil est montré à toutes les personnes à qui l'appli décide de le montrer.
Les mots pour dire qui te plaît
La plupart des mots d'orientation ont été construits sur l'idée que tu es un homme ou une femme : lesbienne, gay au sens étroit, hétéro. Les personnes non-binaires les utilisent quand même, les élargissent, ou en choisissent d'autres. Dans l'enquête de 2024 auprès de 316 adultes trans et non-binaires, la plupart des personnes participantes décrivaient leur orientation comme bisexuelle, pansexuelle ou queer, des mots qui ne disent rien de ton propre genre.
Des mots plus récents ont été inventés précisément pour combler ce manque. Enbian décrit une personne non-binaire attirée par d'autres personnes non-binaires. Trixique et torique décrivent une personne non-binaire attirée par les femmes ou par les hommes, et diamorique l'attirance entre personnes non-binaires ; les trois sont dans le glossaire. Aucun n'est obligatoire, et les personnes non-binaires qui se disent lesbiennes ou gays n'utilisent pas ces mots à tort.
Si tu sors avec une personne non-binaire
Tu te demandes peut-être si sortir avec une personne non-binaire change ta propre étiquette. Pas forcément. Ton orientation te décrit, toi : si ton mot te va toujours, garde-le ; s'il cesse de te correspondre, c'est à toi de le changer. Ce qui compte, c'est de ne pas faire entrer de force la personne avec qui tu sors dans une catégorie pour que ton mot continue de fonctionner. Dans une étude sur la fétichisation, une personne participante a raconté que des personnes trans assignées femmes à la naissance étaient réduites à des « lesbiennes perdues » ou à des « lesbiennes butch », alors que beaucoup ne s'étaient jamais identifiées comme lesbiennes. Pour savoir comment appeler ton ou ta partenaire, lis comment appeler un ou une partenaire non-binaire.
Les pronoms en rendez-vous
Être non-binaire ne veut pas automatiquement dire utiliser they/them, ni iel en français. Dans le Gender Census 2024, 75,5 % des personnes participantes utilisaient they (iel), 42,0 % he (il), 36,0 % she (elle) et 20,3 % it, et 13,9 % préféraient ne pas avoir de pronom ou qu'on emploie leur prénom, beaucoup de personnes en choisissant plus d'un. La seule façon de savoir, c'est de donner les tiens et de demander les siens.
Le moment le plus simple, c'est avant de se voir : les pronoms sur ton profil, ou dans un des premiers messages. Donner les tiens en premier (« moi c'est iel, et toi ? ») fait de la question quelque chose de banal plutôt qu'un test.
À quoi ça ressemble, de bien faire ? Une étude menée auprès de 161 adultes non-binaires aux États-Unis leur a demandé quels gestes de leurs partenaires, en couple, les confortaient dans leur identité. Les réponses étaient surtout de petites choses, faites tout le temps :
- employer leurs pronoms à chaque fois, y compris en leur absence ;
- choisir des mots neutres, comme partenaire ou enbyfriend, là où des mots genrés ne convenaient pas, et se reprendre après une erreur ;
- vérifier plutôt que supposer : une personne participante dont le genre est fluide appréciait un ou une partenaire qui posait la question, parce que ce qui lui convenait un jour pouvait ne plus lui convenir le lendemain ;
- se renseigner de leur côté sur les identités non-binaires, pour que la personne n'ait pas à tout leur apprendre ;
- corriger les gens qui les mégenraient.
La même étude rappelle que les mots sont personnels : une personne participante, qui se décrivait comme une femme agenre, trouvait agréable qu'on l'appelle girlfriend (copine), en raison d'un sentiment de lien avec la féminité. Demande plutôt que de deviner, dans un sens comme dans l'autre.
Quand la personne avec qui tu as rendez-vous se trompe de pronoms, une courte correction suffit en général la première fois, et ce qu'elle fait ensuite t'en apprend davantage. Que faire quand un match te mégenre te donne les mots.
La fétichisation, et pourquoi « le meilleur des deux mondes » n'est pas un compliment
Qu'on te désire n'est pas le problème. Qu'on te désire en tant que catégorie, si. Dans une étude de 2021 menée auprès de 466 personnes trans et non-binaires, 38 % disaient avoir eu l'impression de subir une fétichisation et 26,2 % de plus répondaient peut-être, sans différence entre les personnes transmasculines, transféminines et non-binaires. Parmi celles qui en faisaient état, 53,2 % citaient les applis de rencontre parmi les endroits où c'était arrivé.
Les récits des personnes non-binaires participantes suivent des schémas reconnaissables :
- Plaire parce qu'on n'est ni l'un ni l'autre, ou les deux. Une personne non-binaire participante a écrit que quelqu'un « me voulait parce que je suis “le meilleur des deux mondes” », quelqu'un pour qui cette personne était une potentielle « expérience amusante ».
- Des suppositions sur le sexe. Des personnes non-binaires participantes ont raconté que des gens supposaient qu'elles aimaient le polyamour ou le sexe en groupe, et qu'on leur proposait des plans à trois pour lesquels elles n'avaient montré aucun intérêt.
- Se faire lire comme un type de femme, ou d'homme. Une personne agenre participante a décrit des hommes et des femmes cis qui lisaient cette personne comme un type de femme à leur goût, et trouvait difficile de distinguer cela d'un mégenrage. Une personne non-binaire participante, gay, a raconté que des hommes projetaient sur cette personne un type de mec stéréotypé, censé jouer un rôle soumis au lit.
Une personne genderqueer participante a tracé la limite en une phrase : « Il y a une ligne fine mais perceptible entre être son type et être son fétiche. » Les signes que tu es du mauvais côté de cette ligne : des questions sur ton corps avant ton prénom, ton genre présenté comme un bonus, un couple qui cherche une troisième personne et commence par ton identité, ou un intérêt qui n'existe qu'en privé. Comment savoir si quelqu'un est un chaser décortique ce schéma. Tu as le droit de bloquer sans t'expliquer.
Où rencontrer des gens qui comprennent
Qui tu rencontres dépend de l'endroit où tu cherches. Dans une étude publiée en 2018, 87,5 % des 958 personnes participantes disaient ne pas envisager de sortir avec une personne trans. Les options parmi lesquelles elles choisissaient incluaient les personnes genderqueer ainsi que les hommes trans et les femmes trans, et c'étaient les personnes bisexuelles, queer, trans et non-binaires qui se montraient les plus ouvertes. C'est moins une raison de broyer du noir qu'une carte : commence là où ces personnes se trouvent déjà.
- Les événements, groupes et clubs queer et trans, où rencontrer quelqu'un est un effet secondaire du fait de faire quelque chose qui te plaît.
- Les amitiés et la communauté. L'étude par entretiens citée plus haut a montré que les personnes trans et non-binaires utilisaient les applis pour trouver des amitiés et une communauté autant que des rendez-vous, et ces cercles se recoupent.
- Les applis et les espaces pensés pour les personnes trans et non-binaires, dont les rencontres T4T, qui partent d'une expérience commune. Les meilleures applis de rencontre pour les personnes non-binaires analyse la façon dont les applis centrées sur les personnes trans se présentent, et le comparatif des applis de rencontre trans couvre le paysage plus large.
- Les applis généralistes, où les chiffres sont plus gros, et les explications à donner aussi.
T4TSpace est l'une des options centrées sur les personnes trans : une appli de rencontre créée par et pour les personnes trans et non-binaires, où chaque compte est vérifié par une personne, accessible dans le navigateur pendant que les applis natives sont en cours de développement.
Au premier rendez-vous
La plupart des conseils de premier rendez-vous s'appliquent tels quels. Ce qui change, c'est le public : le personnel de salle, celui du bar et des gens qui n'ont pas lu ton profil.
- Choisis un endroit que tu connais, ou dont tu as vérifié les toilettes. Des toilettes individuelles ou non genrées peuvent rendre la soirée plus simple.
- Décide si tu veux que la personne avec qui tu sors reprenne le serveur ou la serveuse qui lance « Mesdames » ou « Monsieur », ou laisse passer, et dis-le-lui. Dans l'étude sur les adultes non-binaires citée plus haut, le fait que les partenaires corrigent les autres faisait partie de ce que les personnes participantes appréciaient ; l'une d'elles racontait que son ou sa partenaire prenait le relais quand le faire soi-même était inconfortable. La façon dont la personne avec qui tu sors accueille cette demande est aussi une information utile.
- Garde les habitudes de sécurité sur lesquelles comptaient les personnes LGBTQ+ de l'enquête canadienne : un appel vidéo avant de se voir, un coup d'œil aux réseaux sociaux de la personne, un lieu public, et ta localisation partagée avec un ami ou une amie.
- Tu ne dois à la personne avec qui tu sors ni ton historique médical ni des explications sur ton corps, au premier rendez-vous comme à tous les autres.
Si ça se passe bien, rien de tout ça n'a besoin d'être réglé le premier soir. Les mots et les pronoms deviennent plus simples avec quelqu'un qui fait attention.

Wren · Rédaction
Wren est le nom sous lequel paraît le blog de T4TSpace. Les articles sont écrits par la petite équipe qui construit l’application, et signés d’un seul nom pour que la voix reste la même d’un texte à l’autre.