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Gynéphilie

Attirance envers les femmes ou la féminité, décrite sans rien dire du genre de la personne qui la ressent.


La gynéphilie désigne l'attirance sexuelle envers les femmes ou la féminité. C'est un terme de sexologie et de sciences du comportement plutôt que de la langue courante, et son adjectif est gynéphile. On croise aussi la graphie gynophilie. Son pendant est l'androphilie, l'attirance envers les hommes ou la masculinité, et l'attirance envers les deux est parfois appelée ambiphilie.

Tout l'intérêt du mot tient à ce qu'il laisse de côté. Hétérosexuel et homosexuel décrivent l'attirance par rapport au genre de la personne qui parle : ils ne fonctionnent donc qu'une fois ce genre admis par tout le monde. Gynéphilie ne nomme que les personnes qui attirent, et c'est pour ça que des chercheurs l'ont employé pour parler des personnes trans, intersexes et non-binaires. Anil Aggrawal, dans un glossaire médico-légal de 2008, a posé le problème sans détour : chercher laquelle de deux étiquettes opposées convient à une femme trans attirée par les femmes sème la confusion et peut blesser, et il vaut donc mieux décrire l'objet de l'attirance en laissant de côté le sexe ou le genre de la personne.

L'idée est ancienne ; le mot moderne, non. Le poète grec Théocrite a employé un mot apparenté pour le désir de Zeus envers les femmes, et Freud a décrit sa patiente Dora comme gynécophile. Gynéphilie et androphilie, en tant que paire, ont été proposés et popularisés par le psychologue Ron Langevin dans les années 1980. Des auteurs proches des communautés trans les ont défendus eux aussi : l'autrice Helen Boyd a écrit que définir l'orientation comme androphile ou gynéphile serait bien plus exact.

Les glossaires communautaires, eux, tiennent le mot pour daté. Le LGBTQIA+ Wiki qualifie la gynéphilie de dépassée, et note que beaucoup de personnes non-binaires décrivent l'attirance envers les femmes avec des mots issus de leurs propres communautés, comme trixique. Son histoire dans la recherche sur les personnes trans n'arrange rien. Les échelles de gynéphilie et d'androphilie construites par Kurt Freund et Betty Steiner en 1982 ont ensuite été adaptées par Ray Blanchard, dont la théorie sur les femmes trans est contestée par beaucoup de personnes trans, qui lui reprochent de sexualiser indûment l'identité des femmes trans, et que beaucoup de professionnels de santé jugent non étayée par les preuves scientifiques.

Son plus proche parent communautaire est gynosexuel, et gynésexuel a parfois servi de synonyme direct de gynéphilie. Les deux décrivent l'attirance sans décrire la personne qui parle. Aucun des deux, employé correctement, ne veut dire attirance envers un corps particulier. Le LGBTQIA+ Wiki prévient que gynésexuel est parfois employé exactement dans ce sens pour exclure les femmes trans, et considère cet usage comme transphobe.

La gynéphilie est une orientation, pas un diagnostic

La terminaison -philie apparaît dans des noms cliniques de troubles, et la gynéphilie a côtoyé ce genre de termes dans d'anciennes classifications des intérêts sexuels : on entend donc le mot comme un diagnostic. En sciences du comportement, il désigne une orientation sexuelle. Comme le souligne la psychologue Rachel Ann Heath, le grec veut simplement dire amour d'une femme.

L'erreur inverse en fait un mot savant pour hétéro. Pour un homme attiré par les femmes, c'est à peu près le cas. Mais le mot s'applique tout autant à une lesbienne, à une femme trans attirée par les femmes et à une personne non-binaire attirée par les femmes, et c'est justement pour ça qu'il a été proposé.

Le dire correctement

À dire

  • Gynéphile, au sens de la recherche : attirance pour les femmes.
  • L'étude classait les participants en androphiles et gynéphiles.
  • Sapphique, c'est mon mot ; gynéphile, c'est le mot clinique.
  • Attirance pour les femmes, femmes trans comprises.

Plutôt pas

  • La gynéphilie comme diagnostic
  • Gynéphile pour dire attiré par un corps en particulier
  • S'en servir pour contredire une femme qui se dit lesbienne
  • Prendre l'attirance pour les femmes comme un indice pour savoir si quelqu'un est vraiment trans

Les questions qu’on pose vraiment

Que veut dire gynéphilie ?

L'attirance sexuelle envers les femmes ou la féminité, décrite sans référence au genre de la personne qui la ressent.

La gynéphilie est-elle un trouble ?

Non. En sciences du comportement, le mot désigne une orientation sexuelle. La terminaison vient du mot grec pour amour, et certains termes cliniques la partagent : c'est de là que vient la confusion.

Quelle différence entre gynéphilie et gynosexuel ?

Ils couvrent à peu près le même terrain. Gynéphilie est le terme de la recherche, popularisé par le psychologue Ron Langevin dans les années 1980. Gynosexuel est le mot qu'on trouve dans les glossaires communautaires.

Pourquoi certaines personnes trans évitent-elles le mot gynéphilie ?

Les glossaires communautaires le jugent dépassé, et il vient d'une littérature clinique qui a aussi produit la théorie de Ray Blanchard sur les femmes trans, contestée par beaucoup de personnes trans.

Quel est le contraire de la gynéphilie ?

L'androphilie, l'attirance envers les hommes ou la masculinité. L'attirance envers les deux est parfois appelée ambiphilie.

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